Sur les traces de ceux qui nous ont précédés à Mouzillon

Les guerres de Vendée : la honte

Les morts sont majoritairement dans l'environnement familial de ceux qui étaient potentiellement conscrits le 8 mars 1793 et dans les semaines qui suivent, que ces morts soient tués par les troupes républicaines ou par les insurgés aussi appelés les vendéens.

Chronologiquement, le premier mort est Gabriel BARRE, âge de 60 ans, domicilié à la Rouaudière, tué le 16 mars 1793 dans le village de l'Aiguillette par "les vendéens". L'expression "les Vendéens" facilite la tache du rédacteur des registres en 1802. Elle désigne ceux qui ne se sont pas soumis à la conscription du 08 mars 1793 et qui sont devenus une bande qui vit clandestinement dans le bocage et les fermes de Mouzillon.

Gabriel BARRE avait-il été trop bavard ? avait-il parlé contre ceux qui refusaient la conscription ?

De même, les 8 autres qui meurent tués par les vendéens ou par les insurgés sont tués par d'autres mouzillonnais probablement parce qu'ils avaient parlé, donné des indications aux agents en charge de la police de la conscription. Cette délation vraie ou supposée leur sera fatale.

La population mouzillonnaise est donc particulièrement divisée, à l'instar de la population du Pallet pendant cette période revolutionnaire.

Pour sortir de l'alternative pro-conscription / anti-conscription et pour échapper au conflit interne, certains vont quitter la commune comme les jeunes GREGOIRE de l'Aiguillette.

L'un d'entre eux, Victor GREGOIRE, finira son itinéraire comme forgeron à Montigné-sur-Moine où il sera à l'origine de la société GREGOIRE-BESSON.

Un autre ira dans le vignoble de Tourraine.

D'autres seront à Montaigu...

Pour ceux qui sont restés, qu'il soient soupçonnés d'être délateur ou meurtriers, cette période est honteuse

l'exemple de la successions de Mathieu DENIS tué le 8 mars 1794

Mathieu DENIS est tué le 8 mars 1794 et la maison où il habitait, 9 rue Saint Vincent a été détruite.

L'épouse de Mathieu DENIS, Jeanne BAUHUAU a eu d'un premier mariage avec son frère Pierre 2 fils, Augustin né le 27/04/1775, et Alexis. Lors de la déclaration le 17 brumaire de l'an X, les deux fils ne sont pas mentionnés.

Le 26 Vendémiaire de l'an X, Augustin avait pourtant attesté la tuerie de Jacques Paquereau et de Marie GUERIN. Auraient-ils eu une raison de ne pas être très à l'aise pour la mort de son beau-père ? peut-être si on imagine que Augustin avait refusé la conscription et avait été déserteur, caché dans le bocage, du côté de Lozangère ou du Grand Plessix...et que l'armée républicaine avait sévi en représailles, brûlant la maison et tuant le beau-père...

Quand son demi-frère, Etienne DENIS, fils de Mathieu DENIS et de Jeanne BAHUAUD, célèbre son mariage avec Marie DEFONTAINE, le 08/07/1808 à Mouzillon, Augustin et Alexis DENIS ne sont pas cités comme témoins... La fraternité pouvait n'être pas facile.

Aussi en 1814, quand le fils Augustin encaisse l'agent donné en indemnité pour la réparation de la maison, reste un mal aise. Il n'y a plus de héros des guerres de Vendée. et la mémoire se fera assez vague, peu précise.

En partant des faits attestés : Claude DENIS est tué le 18 mars 1794. Le 23 brumaire de l'an X, la déclaration est faite par la veuve et les beaux-frères. En 1814 une indemnité sera donnée pour la maison.

Les recherchés de 1794 reçoivent l'argent des indemnisations sous l'empire

L'exemple de Augustin DENIS est significatif; il figure dans la liste des bénéficiaires des indemnisation pour les maisons détruite.

La liste des propriétaires bénéficiaires est en annexe 2

La génération de ceux qui étaient de jeunes adultes en 1794 est en responsabilité sous l'empire napoléonien; c'est cette génération qui bénéficie des indemnisations.

Là, les évènements apparaissent particulièrement injustes pour ceux qui sont morts.

En d'autres termes, il ne s'agit pas d'un génocide, il s'agit d'une armée républicaine qui utilise la violence, la mort et l'incendie pour imposer sa loi à une population qui refuse de laisser ses jeunes se faire enrôler ! La raison d'état s'est faite déraisonnable !

La mémoire de ces événements a été troublée parce que la population avait été divisée, que des groupes s'étaient opposés jusqu'à la mort. La raison ne pouvait être limpide... et pourtant il fallait continuer à vivre.

Ces événements étaient honteux, les familles des victimes et les familles des meurtriers étaient bien obligées de vivre ensemble. Il a fallu taire les remords et les haines. C'est le silence qui s'est installé.

Aucun monument ne sera élevé en souvenir des ces meurtres inutiles. Pourtant les lieux étaient bien connus.

La réconciliation se fera progressivement

Les registres d'état civil ne témoignent que de la part acceptable pour que la population soit pacifiée.

Au cours du XIXe siècle, les mouzillonnais feront tout pour celer leur unité. D'une part les maires et les conseillers municipaux prendront en charge la vie collective et construirons un avenir pour tous : mairie, écoles, routes, services des postes... D'autre part, la paroisse cherchera l'unité de la population dans les célébrations, par les missions avec l'élévation de calvaires au XIX et au XXe siècle et par un action prolongée auprès des jeunes (la Lyre Mouzillonaise).

Face à ce silence officiel, la tradition orale est devenue troublée et caricaturale. Elle rapporte des évènements véridiques... avec des teintes religieuses ou exceptionnelles pour sauver l'honneur.

Un contexte

De plus, on peut penser que ce n'est pas un hasard si la famille GUERIN n'est pas au conseil municipal sous l'empire mais y arrive sous la restauration. En 1822 on trouve Mathurin Lefort et Mathurin Guérin parmi les membres du conseil municipal. Cette famille avait des raisons pour ne pas apprécier la révolution et les idées qu'elle porte.

Les troubles les plus violents se sont produits au cours de l'année 1794. Mais les années qui suivent ont été marquées par une désorganisation de la vie publique qui a sûrement marqué profondément les habitants de Mouzillon.

D'autres histoires dans l'histoire

En revanche, une tradition orale justifie le nom de « sanguèse » donné à la rivière à cause du sang qui y a coulé. Mais les registres attestent que ce nom était donné bien avant la fin du XVIIIème siècle.

Cependant on ne peut pas écarter que cette tradition orale porte en elle la référence à d'autres violences qui s'y sont exercé dans l'antiquité, ou à l'époque wisigoth ou au cours du moyen age.

Enfin des lieux portent des noms qui sont comme des énigmes : « le carrefour des justices » ou le pré de la « boucherie »... ces noms renvoient à des événements sûrement marquant puisqu'ils sont imprimés dans la mémoire des habitants mais ces événements sont antérieurs aux guerres de Vendée,