Sur les traces de ceux qui nous ont précédés à Mouzillon

L'année 1794 se met en place à Paris un régime te Terreur

A Mouzillon, les violences mortelles s'intensifient.

des déplacés

Beaugency (Loiret)

Les registres de la commune de Beaugency, commune du Loiret, comporte quelques mentions qui peuvent surprendre et interroger.

La liste des morts de l'an II de la république donne des indications relatives à notre histoire :

le 30 germinal II, mort de Marie SECHER, fille de Jean SECHER et de Jeanne SANSON, de Drain-Liré, 4 ans;

le 01 floral II, mort de Pierre BRICARD, de Landemont, 63 ans, réfugié de la Vendée;

le 02 floral II, mort de Marie CHENEAU, du district de Clisson, fille de Pierre CHENEAU et de Catherine MARTIN, 4 ans;

le 05 floral II, mort de Claude PINEAU, 6 mois, du district du Mont Glonne;

le 08 floral II, mort de Jean BOISSEAU, originaire du Fuillet, sur un bateau d'un marinier du Mont Glonne,48 ans, réfugié de la Vendée;

le 08 floral II, Jean RIGAUD, originaire du district de Montmorillon (Vienne), 25 ans, volontaire

le 11 floral II, mort de Jean GRINGANT, du district de Luzignant (Vienne), volontaire;

le 11 floral II, mort de Jacques COUTURIER, âgé de 28 ans, du district de Poitiers (Vienne)

le 13 floral II, mort de Perrine GOUTAU, âgée de 7 jours, originaire du Fuillet, réfugiée de la Vendée;

le 15 floral II, mort de Pierre LAUNAY, 24 ans, originaire de la Vienne;

le 15 floral II, mort de Marie VINCENT, veuve CHARAL, de la Boissière-St.Florent, district du Mont Glonne, réfugiée de la Vendée;

le 16 floral II, mort de Pierre LADOT, volontaire, 24 ans, du district de Montmorillon;

le 17 floral II, mort de Marie HUMEAU, prisonnière suspecte, du convoi de Saumur, native de CORVE, distric de Cholet;

le 19 floral II, mort de Julien BAHUAUD, "dans la caserne aux réfugiés de Beaugency [...] vigneron de la commune de Maisdon, district de Clisson,[...] fils de défunt Julien BAHUAUD et de Françoise FORGET [...] âgé de 66 ans, assisté de Pierre GAILLARD aussi réfugié vigneron âgé de 27 ans, neveu,[...], Étienne LUNEAU aussi vigneron, agé de 62 ans, beau-frère, [...] et François BAHUAUD âgé de 31 ans, son fils. L'acte d'état civil est signé de Pierre GAILLARD et de Etienne LUNEAU

le 20 floral II, mort de Joseph GIRARD, de la Haute Marne, cannonier

le 24 floral II, mort de Marie POINET, de Vesin (49), réfugiée de la Vendée;

le 26 floral II, mort de Michel CHAUVIN, de Vesin (49), réfugié de la Vendée;

famille BAHUAUD

Julien BAHUAUD, mort l9 floral de l'an II à Beaugency est le fils de Julien BAHUAUD et de Françoise FORGET comme l'indique son acte de décès. Est-il né à Maisdon-sur-Sèvre comme le laisse penser cet acte de décès. Ce n'est pas impossible : ses parents auraient pu aller travailler quelques temps à Maisdon-sur-Sèvre. Le couple BAHUAUD-FORGET a célébré son mariage le 05/01/1720 dans l'église de Mouzillon. Le couple a 7 enfants : Jeanne BAHUAUD, Françoise BAHUAUD, Julien BAHUAUD qui épousera Julienne DUGAST le le 26/11/1755 à Mouzillon, Michelle BAHUAUD qui épousera Étienne LUNEAU le 26/11/1755 à Mouzillon, Marie LUNEAU qui épousera François TAINGUY, François BAHUAUD qui épousera Marie MENEUX le 12/02/1765 à Mouzillon et Marguerite BAHUAUD née 06/09/1729 à l'Aiguillette.

Le fils Julien BAHUAUD né après 1720 exerce le métier de vigneron comme en témoigne l'acte de décès. Le couple Julien BAHUAUD - Jeanne DUGAST sera parent d'au moins 3 enfants :

--> Jeanne-Julienne BAHUAUD qui épousera en première mariage Julien DEFONTAINE le 02/06/1788 à Mouzillon et en seconde noce Jean-Baptiste FAVREAU;

--> François BAHUAUD qui épousera le 02/06/1788 à Mouzillon Marie VIAUD

--> Julien BAHUAUD qui épousera le 28 prairial de l'an II à Mouzillon, Jeanne FAVREAU;

Pourquoi Julien BAHUAUD, Étienne LUNEAU et Pierre GAILLARD sont-ils à Beaugency en mai 1794 ?

Ils sont parmi des hommes et des femmes qui ont des positionnement divers face à la Révolution Française puisque sont cités des prisonniers suspects, des volontaires et des réfugiés de la Vendée. Les trois hommes BAHUAUD, LUNEAU et GAILLARD sont des réfugiés de la Vendée. Il est vraisemblable qu'ils ont fuit Mouzillon/Maisdon-sur-Sèvre pour échapper aux violences.

De plus, il est probable que des enfants BAHUAUD, LUNEAU et GAILLARD aient refusé la conscription de 1793 et que toute la famille a fuit devant avant d'être victime des violences répressives qui se sont exercées contre les familles de ceux qui refusaient la conscription. Cette hypothèse sera confirmée par les circonstances de la mort à Nantes de Jeanne DUGAST, l'épouse du défunt de Beaugency.

Le lieu où meurt Julien BAHUAUD est "la caserne aux réfugiés de Beaugency". Il s'agissait une espace clos, probablement gardé par des hommes en armes.

La consultation des registres de Beaugency fait apparaitre que cette petite ville était pour une part peuplée de vigneron. Or le rédacteur de l'acte de décès met en évidence des qualités professionnels des réfugiés. La Loire étant une lieu de navigation, d'échanges, de commerce... c'était une lieu qui permettait la circulation des vins du val de Loire. C'est aussi une raison qui a pu conduire les hommes BAHUAUD-LUNEAU-GAILLARD à Beaugency.

A Nantes

Les actes d'état civil de Nantes portent un acte précisant :

" le huit vendémiaire an quatre de la république, à huit heure du matin [...] ont comparu en la maison commune Julienne DUGAST fileuse âgée de vint deux ans et François BAHUAUD laboureur âgé de trente trois ans, demeurant l'un et l'autre section de la liberté [...] lesquels m'ont déclaré que Julienne DUGAST, femme de feu Julien BAHUAUD, mère du comparant et tante de la comparante natif de Mouzillon en ce département, est décédé hier, à minuit dans sa demeure située dite rue et section, âgée de cinquante huit ans, d'après cette déclaration et le procès verbal de Jacques DELANOY, commissaire de police..."

Ainsi Julienne DUGAST demeurait-elle à Nantes. Elle avait quitté le vignoble.

Cet acte de décès montrer aussi qu'elle n'était pas isolée puisque la déclaration du décès est effectuée par son fils et par sa nièce. En logeant à Nantes, elle avait fuit les violences mouzillonnaises... celle des troupes républicaines et celles des insurgés. Elle craignait pour elle et peut-être pour ses proches.

A Montargis (Loiret)

Les registres d'état civil de Montargis comporte un acte qui se rapporte à une Mouzillonnais :

"Aujourd'hui onze frimaire, an troisième de la République Française, une et indivise, à cinq heures du soir, par devant moi [...] que le citoyen Julien GREGOIRE âgé de quarante quatre ans, natif de la Vendée de Mouzillon est décédé au dit hospice de bienfaisance à six heure du matin [...]".

Jean GREGOIRE est né le 09/11/1750 à l'Aiguillette (Mouzillon), fils de Jean GREGOIRE et de Marguerite TAINGUY. Il est le quatrième enfant d'une fratrie de 5, né après Jean GREGOIRE, après Marguerite Catherine GREGOIRE et Marie GREGOIRE. En 1755 naitra son jeune frère Louis. Le 30 juin 1777, à Mouzillon, il a célébré son mariage avec Marie LUNEAU. Deux enfants sont nés de cette union

 Marie GREGOIRE, née le 27/06/1778 au Bois Ménard (Mouzillon)

 Jeanne GREGOIRE, née le 01/11/1788 à l'Aiguillette (Mouzillon).

Le 25 juin 1808 à Mouzillon, lors du mariage en seconde noce de Marie GREGOIRE avec Jean PIOU, Marie LUNEAU, veuve de Jean GREGOIRE est présente. L'était civil précise qu'elle demeure à l’Aiguillette. Avait-elle accompagné son mari à Montargis ? L'état civil ne permet pas de répondre à cette question. Quelle démarche avait conduit Jean GREGOIRE à Montargis ? la question reste sans réponse précise.

On peut cependant noter que Jean GREGOIRE, Marie DUGAST, Julien BAHUAUD étaient partis du village de l'Aiguillette. Qui avait été l'instigateur de ces départs ?

A Beaumont-En-Veron

Le 28 avril 1831, à six heures du soir deux hommes se présentent à la mairie de Mouzillon pour déclarer la mort de leur frère et de leur oncle. Le défunt est Louis GREGOIRE né le 1er juin 1765 à la Cour de la Barillière, exerçant la profession de cultivateur.

Le frère du défunt est André-Julien GREGOIRE, né le 02/01/1774 à la Cour de la Barillière. En 1831, il exerce le métier de tonnelier et demeure au bourg de "Beaumon-En-Veron, département d'Indre-et-Loire". Il signe l'acte de décès de son frère.

Depuis quand André-Julien GREGOIRE demeure-t-il à Beaumont-en-Veron ? Il ne nous est pas possible de répondre à cette question dans la mesure où les actes d'état civil consultés ne mentionnent pas André-Julien GREGOIRE. De plus, le recensement de 1936 effectué dans cette commune ne mentionne pas André-Julien GREGOIRE.

Pour quelle raison André-Julien GREGOIRE est-il parti de Mouzillon ? Une hypothèse peut être édifiée en considérant la date de naissance de cette homme : il est né en 1774, il avait 20 ans en 1794, quand les troubles ont meurtri la population de Mouzillon. Vraisemblablement André-Julien n'avait pas choisi de répondre à la conscription depuis le 08 mars 1793. On ne le trouve pas non plus parmi ceux qui ont rejoint l'armée royaliste. Il aurait donc choisi de partir pour échapper aux risques de l'armée républicaine et aux risques de l'armée des insurgés.

Pour quelle raison André-Julien GREGOIRE est-il allé à Beaumont-En-Veron ? Il a été a l'école, il a grandi dans le milieu viticole de Mouzillon, il a appris le métier de tonnelier. Fort de ces compétences il a recherché un vignoble, ainsi aurait-il pris le chemin de Beaumont-En-Veron, dans un vignoble du Val de Loire, à proximité de Chinon. Là ses compétences pouvaient être reconnues.

Une part de la population mouzillonnaise difficile à évaluer a quitté sa maison, son village,son territoire en raison des conflits de la révolution.

Julien BAHUAUD, Etienne LUNEAU et Pierre GAILLARD sont allés dans le secteur de Beaujency, Jean GREGOIRE est allé à Montargis, André-Julien GREGOIRE serait allé à Beaumont-En-Veron dans tous les cas ces hommes ont rejoint des vignobles, des communauté humaines où les compétences de viticulteur, de vigneron et de tonnelier étaient reconnues.

Un autre exemple pourrait être significatif : Madeleine GREGOIRE et Joseph GREGOIRE, les 5ème et 6ème enfants du couple Julien GREGOIRE - Jeanne DROUIN sont à Montigné-sur Moine à la fin de la période révolutionnaire. Ceci est attesté lors du mariage de Madeleine GREGOIRE avec Pierre ESSEAU au Pallet le10 Messidor de l'an VIII.

Joseph GREGOIRE s'est installé à Montigné-sur-Moine comme Taillandier/Forgeron. Il épousera Marie BRUNELIERE. Leur fils Joseph GREGOIRE sera maire de Montigné-sru Moine. La petite entreprise va connaitre une progression étonnante avec le matériel de battage et avec les charrues. Deux siècles plus tard, l'entreprise GREGOIRE-BESSON est connue à l'échelle européenne.

Une question nouvelle apparait : cette période de grande mutation qui a tant bousculé la population locale n'a-t-elle pas aussi permis à des jeunes de sortir des carcans familiaux, paroissiaux, locaux pour envisager un autre avenir ?